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    • 18 MAI 17
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    LES ULCERES GASTRIQUES : UNE PATHOLOGIE TROP PEU CONSIDEREE

    LES ULCERES GASTRIQUES : UNE PATHOLOGIE TROP PEU CONSIDEREE

    Les ulcères gastriques font partie des motifs fréquents de coliques. Très douloureux pour le cheval, ils représentent une cause majeure de contre-performance notamment chez le cheval de sport et de compétition. Les galopeurs sont les plus atteints. Les ulcères gastriques sont trop peu souvent recherchés en cause primaire de syndrome de colique et pourtant…

    Petit rappel sur l’anatomie de l’estomac

    L’estomac est situé entre l’œsophage et le duodénum (première portion de l’intestin grêle). Les jonctions entre ces différents organes sont des sphincters puissants : le cardia (entre l’œsophage et l’estomac) et le pylore (entre l’estomac et le duodénum).
    L’estomac est un réservoir de 10 à 15 litres replié sur lui-même. Il comprend différentes régions et incurvations. On identifie une petite courbure qui représente la plus petite distance entre le cardia et le pylore, et la grande courbure qui s’étend dorsalement.
    Le revêtement interne de l’estomac est constitué de deux parties : une muqueuse dite « non glandulaire » ou « squameuse » qui prolonge l’œsophage et n’est pas sécrétante, et une muqueuse glandulaire qui sécrète diverses molécules, en particulier le suc gastrique. Ces deux muqueuses sont délimitées par le margo plicatus.

    anatomie_estomac

    Anatomie de l’estomac

    Les méthodes de diagnostic

    La méthode de diagnostic de certitude est la réalisation d’une gastroscopie afin de mettre en évidence visuellement les ulcères et de pouvoir leur donner un score. La muqueuse squameuse est très sensible aux attaques acides. Elle est blanche et luisante, parcourue de stries longitudinales alors que la muqueuse glandulaire est rose foncée. On recherche donc les ulcères sur la muqueuse non glandulaire, près de la margo plicatus, le long de la grande courbure. Les ulcères de la muqueuse glandulaire sont plus rares.

    Les lésions

    Les deux muqueuses peuvent être touchées. Il existe donc des lésions squameuses primaires sans gêne à la vidange gastrique apparente (ce sont les lésions les plus fréquentes), et des lésions glandulaires à l’origine de gêne fonctionnelle ou mécanique de la vidange gastrique et d’une maladie squameuse secondaire. Il existe également des lésions primaires de la muqueuse glandulaire au niveau du cardia chez le nouveau né soumis à un stress intense.

    Comment les reconnaître ?

    Le plus souvent, les ulcères gastriques sont asymptomatiques ou bien les signes cliniques sont frustres : appétit capricieux, baisse de performance, amaigrissement modéré, coliques bénignes récurrentes. Parfois les signes sont plus évocateurs avec des grincements de dents ou une salivation excessive. Certains chevaux peuvent présenter des épisodes de colique violente. Il n’existe cependant pas de corrélation entre la sévérité des lésions et la clinique.

    • Atteinte de la muqueuse squameuse primaire

    Elle est favorisée par la mise en contact prolongée de la muqueuse squameuse au contenu stomacal acide. Cette mise en contact est due à une augmentation de la pression intra-abdominale qui repousse le contenu acide vers le haut, associée aux allures plus rapides que le pas ou à toute autre situation dans laquelle le cheval contracte sa musculature abdominale de manière prolongée.

    Parasitisme

    Parasitisme

    Les facteurs de risque principaux sont :

    – un entraînement intensif
    – une alimentation irrégulière
    – une agitation prolongée (transport),
    – du parasitisme (gastérophiles),
    – le confinement au box,
    – la hiérarchie et des situations stressantes.
    Il n’y a pas d’influence de l’âge ou de la race.

    Les lésions peuvent atteindre des degrés variables et un système de « scoring » a été mis en place :

    Score description :

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    Scoring 0

     

    0 L’épithélium est intact et la muqueuse n’apparaît ni hyperhémique (rouge) ni hyperkératosique (jaune dans la zone squameuse).

     

     

     

     

    Scoring 1

    Scoring 1

    1 La muqueuse est intacte mais certaines zones sont rouges ou hyperkératosées (squames). En jaune : de l’hyperkératose qui signe la chronicité du phénomène.

     

     

     

     

     

    Scoring 2

    Scoring 2

    2 Lésions peu profondes et isolées ou multifocales.

     

     

     

     

     

     

    Scoring 3

    Scoring 3

    3 Lésions sévères, isolées / multifocales ou étendues et superficielles.

     

     

     

     

     

     

    Scoring 4

    Scoring 4

    4 Lésions étendues avec des zones d’ulcération profonde.

     

     

     

     

     

     

    •  Maladie glandulaire primaire

    Pylore sténosé

    Pylore sténosé

    Pylore normal

    Pylore normal

    Elle est due aux traitements aux anti-inflammatoires non stéroïdiens de longue durée ou automédication inadaptée.

    On peut classer par ordre décroissant le pouvoir ulcérogène des AINS les plus utilisés :

    Phénylbutazone > flunixine > kétoprofène.
    Les AINS spécifiques COX2 sont les moins ulcérogènes.

    Le rôle d’Helicobacter pilori, pathogène chez l’homme, reste indéterminé.

    • Ulcérations squameuses secondaires

    Ces lésions squameuses sont secondaires à une gêne à la vidange gastrique. Elles font suite à une sténose pylorique ou duodénale, ou à une gastrite glandulaire sévère. La gêne à la vidange gastrique fait remonter les liquides acides qui sont alors en contact avec la muqueuse squameuse non protégée, ce qui entraîne des lésions.

    Ces ulcérations concernent surtout les poulains sous la mère ou récemment sevrés.

    Elles apparaissent de façon aigue ou chronique. Le poulain présente les signes cliniques suivants :
    – Refus de têter
    – Diarrhée profuse
    – Coliques post-prandiales sévères
    – Ptyalisme
    – Bruxisme
    – Parfois mort brutale avec perforation stomacale

    Les traitements

    Le traitement des ulcères gastriques se base sur plusieurs axes :

    • Contrôle de l’acidité gastrique

    Le traitement de choix réside en l’utilisation d’inhibiteurs des pompes à proton qui sont très efficaces mais onéreux. Une dose de 4 mg/kg per os maintien le pH stomacal supérieur à 4 pendant 20h. L’oméprazole a été homologué en équine avec le GastrogardND. Le traitement s’étend sur 1 à 2 mois avec un contrôle gastroscopique conseillé en général après le premier mois. Dans 70 à 80% des cas, les lésions guérissent en 28 jours.

    Les anti-acides sont à proscrire, bien qu’ils soient efficaces notamment sur les chevaux maintenus à l’entraînement, car leur durée d’action est courte (moins d’une heure) et nécessite des administrations répétées très fréquentes.

    • Protection de la muqueuse

    On peut également utiliser des protecteurs de la muqueuse gastrique tels que le phosphate d’aluminium ou le sucralfate.

    • Alimentation et environnement

    Il est conseillé de modifier l’alimentation en limitant les périodes de jeûne, en augmentant le taux de fibres (donner du foin à volonté), en diminuant les grains et les concentrés afin de maintenir un pH gastrique au dessus de 4. Il convient également d’éviter les situations stressantes en diminuant l’intensité de l’entraînement, les transports de longue durée ou le maintien au box. La meilleure solution reste un accès libre au pâturage.

    La prévention

    Il est possible d’agir sur la gestion du stress au travail, le logement, ou encore l’alimentation. Par exemple, lors d’un transport, laisser du foin à volonté afin d’équilibrer le pH de l’estomac. Pour les chevaux soumis à un stress intense, une prévention avec de l’oméprazole à 2 mg/kg est possible avant l’exercice. La meilleure période pour entraîner les chevaux atteints de maladie squameuse primaire se situe entre 2 et 8h après l’administration d’oméprazole. Il est recommandé d’administrer une petite quantité de concentré juste après le traitement pour maximiser son efficacité.

    Il est également conseillé de respecter les horaires de distribution de l’aliment. Il faudrait commencer par distribuer à manger au cheval stressé avant le reste de l’écurie, favoriser les sorties au paddock, laisser un libre accès au fourrage, fractionner la ration de concentrés en trois ou quatre fois par jour. Il faut se rapprocher au plus près des conditions naturelles puisque le cheval occupe la majorité de son temps à s’alimenter d’herbe, qui transite rapidement, mais qui permet de tamponner l’acidité produite en continu dans son estomac. Il est en effet démontré que des chevaux ayant un libre accès au pâturage maintiennent un pH gastrique en dessus de 4. Si ces mêmes chevaux sont confinés au box, avec une alimentation limitée à deux distributions journalières, le pH stomacal stationne autour de 2 et des ulcères apparaissent en moins d’une semaine.
    En cas de traitement aux AINS ou de stress chez le poulain, une complémentation en huile de maïs peut être intéressante, à raison de 20 mL/100 kg.

    L’automédication n’est pas conseillée. Des préparations « naturelles » non dopantes sont disponibles sur le marché vétérinaire pour prévenir l’apparition des ulcères (Pronutrin®, Ekygard®, Stomacare®).

    Conclusion

    La plupart des chevaux sont sujets aux ulcères gastriques mais tous n’extérioriseront pas de signe clinique. La symptomatologie peut être discrète et peu évocatrice. Il faudra donc y penser lors de toute consultation pour méforme, amaigrissement et chez tout cheval présentant des coliques chroniques modérées. La gastroscopie est indispensable au diagnostic de certitude. Des traitements efficaces sont disponibles mais sont onéreux et considérés comme dopants en France, même à petite dose.

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